Lectures ? Autant de moyens d'évasion! "Quand on a une info, on la sort" (adage journalistique) Cacher ce qu'on sait, c'est se révéler triste. Timeo hominem unius libri (Thomas d'Aquin) l'individu d'un seul livre m'effare. Seul devoir, chercher son bonheur (Kazantzakis)
J'ai aimé Le Jugement de Seth. Pour qui ne s'en souvient pas ou n'en aurait pas entendu parler, ce polar, le premier roman de l'auteure suisse Rachel Maeder, mettait en scène des conflits dans le département d'égyptologie de l'Université de Genève. Département, ou unité, plutôt; qu'importe, les appellations institutionnelles peuvent évoluer au cours d'un temps plus court que la durée du système pharaonique.
Et maintenant, Rachel Maeder a publié son deuxième opus. Polar de nouveau. Il s'intitule Qui ne sait se taire nuit à son pays. Voilà un titre en forme de mot d'ordre en temps de guerre, comme le très célèbre Careless talk cost lives des Américains.
Or, de guerre, il est bel et bien question, dans ce 2e roman de Rachel Maeder. L'ouvrage marie deux époques, et le lecteur voyage de l'une à l'autre: le présent d'un côté, et de l'autre les années 1940-1944. La "Mob", comme on dit en Suisse, apocope de "Mobilisation": des bourgs entiers ont vécu au rythme de la troupe, dont Saint-Maurice, Andermatt, et également Vallorbe. Cette ville du Nord du canton de Vaud est connue du public pour ses grottes mais elle a par ailleurs une histoire et un emplacement stratégique près de la frontière française. Les troupes nazies d'occupation stationnaient tout près, à Pontarlier, dans le département français du Doubs.
La "Mob", pour continuer à parler le suisse, semblerait très éloignée - loin des banquets commémoratifs de 1989 sous des tentes avec les vétérans - si ce passé boursouflé, brumeux, ne continuait pas de hanter quelques survivants, dans la Vallorbe romanesque. D'ailleurs, plusieurs témoins de cette époque de peur, de restrictions et de douleur décèdent soudain à des intervalles trop rapprochés pour qu'on ne se pose pas de questions sur le caractère, disons, naturel de ces décès. Alice, en tout cas, la grand-mère de Michael Kappeler, est persuadée que ces décès subits sont dus à des meurtres. Elle prévient donc son petit-fils Michael, oui, lui, himself, Michael Kappeler, le flic du Jugement de Seth. Agacé, réticent à croire sa grand-mère, Michael doit tout de même se rendre à l'évidence: il y a anguille sous roche. Les décès successifs de quelques vieillards ne sont certainement pas le fruit d'une malheureuse coïncidence.
Une enquête démarre. Alice n'est pas flic mais elle enquête à sa façon. Suffisamment pour qu'elle reçoive une lettre anonyme de menaces. S'il fallait encore une preuve que quelque chose de délictueux a eu lieu... Michael Kappeler, lui, obtient des infos d'archives par le biais d'un ami vaudois. Les défunts ont eu une vie tout sauf tranquille entre 1940 et 1944 à Vallorbe.
Même si je n'ai à ce jour pas terminé la lecture, je suis déjà séduit par ce roman. Effet périphérique du livre, j'aimerais visiter Vallorbe, histoire de voir à quoi ressemble cette ville du Nord vaudois que, au fond, je ne connais pas vraiment. Une course d'école primaire aux grottes de Vallorbe ne fait pas connaître Vallorbe, soutenir le contraire serait vraiment idiot de ma part.
Comme je suis un bookcrosser depuis 7 ans, il est fort probable que je libère un livre à Vallorbe; un exemplaire de Qui ne sait se taire nuit à son pays évidemment.
Qui ne sait se taire peut en tout cas parler, et en bien, de ce deuxième roman de Rachel Maeder paru aux éditions Plaisir de Lire qui fêtent cette année 90 ans.